Sandra Tamele, traductrice littéraire formée en architecture, a trouvé sa véritable vocation dans les livres. Établie à Marracuene, une localité située à vingt-six kilomètres de la capitale Maputo, elle fait face à de fortes inégalités d’accès à la culture. Pour offrir des opportunités à la jeunesse locale, elle a inauguré la librairie Livroteca le 11 novembre 2025. Ce projet s’inspire du parcours de ses grand-mères, mariées très jeunes sans savoir lire, ainsi que de sa propre jeunesse d’autodidacte. Le nom choisi fusionne les termes livre et bibliothèque pour désigner un lieu hybride. Une moitié de la surface propose des ouvrages à la vente, tandis que l’autre moitié accueille gratuitement le public pour la lecture sur place, avec un catalogue initial de trois cents titres.
La genèse de cette entreprise a exigé deux années de recherches pour trouver un local abordable et accessible, au moment même où le secteur du livre traversait une crise grave avec la faillite de la plus ancienne librairie du pays. Faute d’accès au crédit pour les femmes de culture, Sandra Tamele finance seule ses projets grâce à ses revenus de traductrice commerciale. Ses ressources soutiennent depuis des années des élans de solidarité, des concours de traduction et la maison d’édition Trinta Zero Nove. De plus, elle doit vaincre un obstacle de taille : l’absence de bibliothèques scolaires privait la jeunesse de lecture de loisir. Un mois seulement après l’ouverture, des pluies torrentielles ont provoqué des inondations majeures et détruit une large part des stocks. Grâce à sa détermination et à ses économies, la fondatrice a réparé la toiture pour rouvrir les portes le 4 février. Face aux pertes subies, elle espère désormais trouver des partenaires pour consolider cette œuvre collective.
La réussite de Livroteca repose sur son ancrage communautaire profond. Contrairement aux grands réseaux commerciaux, cet espace propose un lieu d’échange où la lecture devient une expérience partagée. La maison d’édition associée publie des versions en langues locales, en braille et en format audio pour lever les barrières physiques ou sociales. Chaque journée débute à neuf heures pour apprêter la boutique aux couleurs vives qui suscite l’intérêt du public. Le site accueille des signatures mensuelles, des clubs de lecture et des personnalités publiques qui animent des ateliers. Ce local remplace l’ancien club de lecture qui se réunissait sous un arbre à marula pour abriter les filles vulnérables à l’abri des intempéries. D’ici cinq ans, l’objectif consiste à prouver la viabilité économique de ce modèle social et à ouvrir une seconde succursale plus spacieuse face à l’arrêt de bus afin d’élargir cet horizon culturel.



