Un siècle après sa naissance, la collection de Marilyn Monroe dévoile le visage d’une lectrice passionnée dont la maison abritait plus de 400 ouvrages à sa mort en 1962. Révélée au grand public lors d’une vente aux enchères chez Christie’s en 1999, sa bibliothèque personnelle couvrait de multiples domaines, de la poésie à la politique jusqu’à la psychologie. Loin du cliché de la blonde ingénue, l’actrice annotait ses scénarios à la lumière de ses lectures, débattait de littérature lors de conférences de presse et entretenait des liens d’amitié avec de grands auteurs. Parmi ses textes de prédilection figurait « Le Prophète » de Khalil Gibran, dont elle possédait quatre exemplaires et qu’elle lisait sur les plateaux de tournage. Elle nourrissait aussi une grande fascination pour « Ulysse » de James Joyce, comme en témoigne la célèbre photo d’Eve Arnold en 1955, et possédait deux éditions de « Madame Bovary » de Gustave Flaubert, touchée par la complexité des figures féminines de la littérature mondiale.
Sa bibliothèque accordait une place de choix à la fiction américaine, illustrée par « Le Grand Gatsby » de F. Scott Fitzgerald, un récit de réinvention de soi et d’illusion dont les thèmes faisaient écho à son propre parcours. Son éclectisme l’amenait aussi bien vers le récit de voyage humoristique de Mark Twain, « À la dure », que vers les nouvelles de Grace Paley, « Les Petites Perturbations de l’homme », aujourd’hui conservées à la bibliothèque Schlesinger de l’université Radcliffe. Pour ses cours à l’Actors Studio, Marilyn Monroe étudiait en profondeur la pièce « Un tramway nommé Désir » de Tennessee Williams. Son exemplaire personnel comportait de nombreuses annotations, et le dramaturge lui-même décelait une tragique fraternité entre l’actrice et l’héroïne Blanche DuBois.
Son amour des livres l’orientait vers les classiques russes, à l’image des « Frères Karamazov » de Fédor Dostoïevski, dont elle défendait la richesse face à la curiosité de la presse alors qu’elle rêvait de jouer le rôle de Grouchenka. En quête de vérité artistique, elle trouvait un soutien précieux dans les « Lettres à un jeune poète » de Rainer Maria Rilke, découvertes lors d’une flânerie nocturne en librairie. Intégrée au milieu littéraire de son temps, elle fréquentait Carson McCullers, autrice de « La Ballade du café triste », et admirait la poésie de W. B. Yeats qu’elle récitait à haute voix. Cet univers poétique a laissé une empreinte durable sur ses propres écrits personnels, parus en 2010 sous le titre « Fragments ».



