Des dessins préparatoires inédits de Winnie l’Ourson s’apprêtent à être mis en vente pour la toute première fois. Ces croquis, réalisés par l’illustrateur Ernest Howard Shepard en 1926, illustrent des scènes jamais publiées dans le livre final, avec des estimations fixées entre 9 000 et 30 000 livres sterling. La famille de l’artiste a partagé deux de ces esquisses au crayon pour marquer le centenaire de l’un des ouvrages les plus aimés de la littérature jeunesse. Abandonnées aux tous premiers stades de la création du livre, ces œuvres offrent un aperçu rare du processus de travail et de l’imagination du dessinateur lorsqu’il a donné vie au personnage de A. A. Milne. Elles représentent des passages bien connus des lecteurs, mais dépourvus d’illustrations dans l’édition originale.
L’un des dessins au crayon, avec pour légende « Une ascension très prudente le long du ruisseau », montre l’ourson et ses amis avides d’aventures, Jean-Christophe, Porcinet et Maître Hibou. Cette œuvre était destinée au huitième chapitre, où Jean-Christophe mène une expédition vers le pôle Nord. Le docteur Phil Errington, spécialiste de premier plan de la littérature jeunesse, affirme que ces documents révèlent la créativité du dessinateur au moment où ces personnages emblématiques prenaient forme. Avant de s’associer à ce projet, l’artiste travaillait comme caricaturiste pour le magazine satirique Punch. Il a vécu dans le Surrey et s’est éteint dans le West Sussex en 1976, à l’âge de 96 ans. Les neuf croquis seront exposés jusqu’au 27 avril à la galerie de livres rares Peter Harrington, dans le quartier londonien de Mayfair. L’expert ajoute qu’obtenir de telles esquisses relève de l’exceptionnel, car elles capturent le tout premier instant d’inspiration de l’une des œuvres les plus influentes de l’histoire.
Alors que Winnie l’Ourson célèbre son centième anniversaire cette année, Phil Errington explique les raisons du succès intemporel de cette œuvre. Il estime que cette popularité repose sur le talent de A. A. Milne pour imaginer des personnages et des dialogues à la fois spirituels, tendres et remarquables, le tout magnifiquement mis en image par Ernest Howard Shepard. L’expert précise que les adultes apprécient également ce livre en raison de la nostalgie et des habitudes familières de l’ours, comme son amour inconditionnel pour le miel. Il observe que les lecteurs plus âgés se reconnaissent souvent dans les citations simples mais profondes du personnage sur la vie. L’illustrateur a d’ailleurs confirmé son immense talent quelques années plus tard, avec la publication d’une nouvelle édition du Vent dans les saules de Kenneth Grahame en 1931.



