Lors d’un moment historique pour la littérature mondiale, l’autrice taïwanaise Yáng Shuāng-zǐ et la traductrice américano-taïwanaise Lin King ont remporté le Prix international Booker 2026 pour Carnet de voyage de Taïwan. Cet ouvrage devient ainsi le premier roman écrit à l’origine en chinois mandarin à recevoir cette prestigieuse récompense. L’annonce a eu lieu lors d’une cérémonie au musée Tate Modern de Londres. Les juges ont salué le roman comme une romance à la résonance émotionnelle et une œuvre postcoloniale incisive qui examine la langue, la mémoire, l’identité et le pouvoir avec une remarquable sophistication narrative.
Situé à Taïwan sous occupation japonaise dans les années 1930, le roman se déroule comme un récit de voyage fictif écrit par une romancière japonaise qui visite l’île aux côtés de son interprète taïwanaise. À travers la nourriture, les voyages et les conversations, la relation entre les deux femmes s’approfondit de façon graduelle, pour révéler des tensions formées par les hiérarchies coloniales et le déséquilibre culturel. Le jury a mis en évidence la structure complexe du roman, et a noté que ses notes de bas de page, ses commentaires métafictionnels et ses voix narratives multiples créent une méditation richement texturée sur la traduction, l’intimité et la mémoire historique. Ce prix couronne un parcours extraordinaire pour Carnet de voyage de Taïwan, d’abord publié en chinois mandarin en 2020 avant sa traduction par Lin King. L’édition traduite avait déjà obtenu une reconnaissance majeure, avec notamment le Prix national du livre pour la littérature traduite aux États-Unis en 2024. Les droits du roman ont depuis été vendus dans plus de 23 marchés internationaux, une évolution qui reflète un appétit mondial toujours plus fort pour les récits taïwanais et la fiction traduite de manière plus générale. Les critiques comme les juges ont observé que la traduction de Lin King fait bien plus que reproduire le texte original : elle devient une partie essentielle de l’architecture artistique du roman pour amplifier ses dimensions multilingues et interculturelles.
Lors de son discours d’acceptation, Yáng Shuāng-zǐ a mené une réflexion sur la relation inséparable entre la littérature et la politique dans l’histoire moderne de Taïwan. Elle a décrit la littérature comme un élément profondément enraciné dans les réalités dont elle émerge. De son côté, Lin King a évoqué la responsabilité et la joie d’offrir des voix taïwanaises aux lecteurs du monde entier. Leur victoire survient à un moment où la fiction traduite acquiert une visibilité internationale sans précédent, alors que le Prix international Booker continue de redéfinir la reconnaissance littéraire à travers la mise en valeur des auteurs et des traducteurs, désormais placés côte à côte au centre de la conversation littéraire mondiale.



