Inspiré par le métier de chercheur d’eau souterraine, le romancier omanais Zahran Alqasmi a bâti son roman « Le Sourcier » autour d’une communauté dont la vie quotidienne et le destin dépendent de la présence ou de l’absence de cette ressource. Lauréat du Prix international de la fiction arabe 2023, cet ouvrage met en lumière les aflaj, canaux d’irrigation traditionnels d’Oman, ainsi que les hommes qui les creusent. Le jury a salué la structure de l’œuvre, la poésie du style et l’étude de la relation entre l’environnement et l’existence humaine, à travers un récit situé entre réalité et mythe. L’intrigue suit Salem bin Abdullah, dont la capacité extraordinaire à percevoir l’eau sous la terre pousse les villageois à solliciter son aide. Son lien avec l’élément aquatique remonte à sa naissance, marquée par la noyade de sa mère, et traverse son enfance, son travail et ses voyages, autour desquels se regroupent les récits et les craintes de la population.
Zahran Alqasmi s’est appuyé sur les connaissances acquises au cours de son enfance dans un village d’Oman, notamment les contes et légendes autour des aflaj. Dans un entretien accordé au site officiel du prix, l’auteur explique que ce système associe la gestion de l’eau à des rapports sociaux définis par le statut, la classe et les droits des propriétaires de vergers. Son choix illustre la puissance contradictoire de l’eau, capable d’entretenir la vie comme de donner la mort par la sécheresse ou les crues. Derrière ce monde romanesque se trouve un réseau culturel et hydraulique dont cinq exemples figurent sur la Liste du patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 2006. Ces canaux acheminent l’eau par gravité selon un partage temporel géré par les communautés locales, ce qui ancre le récit dans une histoire séculaire.
« Le Sourcier » s’inscrit dans un ensemble plus vaste de récits où Zahran Alqasmi aborde les métiers et les savoirs liés au monde naturel. Ses romans précédents incluent « La Faim de miel », consacré à l’apiculture, et « Le Chasseur », centré sur la quête du bouquetin. Après l’obtention de sa récompense, l’écrivain a précisé qu’il choisit un sujet distinct pour chaque ouvrage afin d’éviter la répétition. Il a également attribué à son éditeur la suggestion de présenter « Le Sourcier » au prix, et il a rappelé que la sélection officielle a offert au livre un lectorat plus large et une visibilité nouvelle auprès du public.



