Au cœur de l’une des affaires les plus mystérieuses et médiatisées du monde de l’intelligence artificielle, un contrat d’édition de deux millions de dollars pour deux livres avec l’éditeur Minotaur, une filiale de Macmillan US, a été annulé par l’agent de l’auteur en raison de craintes liées à l’utilisation de l’IA. Le principal agent, Marc Gerald de l’agence Europa Content basée à Brooklyn, a négocié des enchères qui ont réuni quatorze acteurs. De son côté, Sandy Hodgman de l’agence Hodgman Literary aurait reçu de multiples offres à six chiffres à la suite de très vives enchères au Royaume-Uni.
Marc Gerald a déclaré au magazine littéraire The Bookseller que le livre était exceptionnellement bon et que tout le monde en était tombé amoureux, car il s’agit d’une œuvre qui plaît absolument à tous les publics. Toutefois, un éditeur a émis des réserves, car le texte affichait des signes d’une potentielle implication de l’intelligence artificielle. L’équipe a examiné le manuscrit avec l’auteur avec la plus grande attention pour discuter de ses responsabilités, puis a finalement continué la soumission. Néanmoins, le processus d’authentification de l’œuvre a suivi son cours. À la suite d’une réunion tenue le 29 juillet, certains aspects du récit de l’écrivain ont changé. L’agence a alors décidé de rompre ses liens avec cet individu, car elle a besoin d’une confiance totale. L’agent a ajouté qu’il se sent très mal d’avoir provoqué cette tempête médiatique. Selon lui, la situation évolue vite et l’utilisation de l’IA pourrait prendre une forme très différente d’ici dix ans, même s’il espère le contraire. Il estime que le livre en lui-même relève du génie, peu importe sa méthode de rédaction.
L’auteur a affirmé au magazine The Bookseller que l’histoire, les personnages, les scènes, l’humour, la structure et la voix venaient exclusivement de lui. Il possède des brouillons horodatés, des notes manuscrites et des messages WhatsApp datés qui prouvent l’élaboration du livre. Il s’inquiète aussi du fait que les scores des détecteurs d’IA soient traités comme des preuves définitives. Il a testé des extraits de livres publiés en 2012 et 2017, et le logiciel les a classés comme créés par l’IA à 98 et 99 pour cent, bien que ces textes soient antérieurs à la disponibilité de l’IA générative. En moins de six heures après les rumeurs, l’écrivain a perdu des opportunités aux États-Unis et au Royaume-Uni, ainsi que des contrats de traduction et d’adaptation à l’écran, sans obtenir une véritable chance d’expliquer son processus d’écriture. Un éditeur anonyme, qui avait fait une offre pour le roman, a expliqué à The Bookseller qu’il avait lu l’intégralité du manuscrit et y avait trouvé les mêmes défauts que ceux d’autres premiers romans acquis par le passé. Il cite des problèmes de rythme, une écriture maladroite et des métaphores trop travaillées. Néanmoins, rien ne laissait supposer une rédaction assistée par l’IA, un avis partagé par ses collègues des ventes, du marketing et de la publicité. Cet éditeur se demande à qui incombe la responsabilité de déterminer si un texte est créé ou assisté par l’IA, et par quels moyens. Il remet en cause l’utilisation de détecteurs d’IA qui manquent de précision et qui sont eux-mêmes des intelligences artificielles. Il interroge aussi l’éthique liée au téléchargement du travail d’un auteur sur un modèle d’IA. Il avoue ignorer la réponse à ces questions et le futur de la création littéraire face à ces nouveaux doutes.



