Après plus d’un siècle d’oubli, une nouvelle inédite d’Edith Wharton, la première femme lauréate du prix Pulitzer qui a immortalisé l’âge d’or de la société américaine, a finalement été publiée vendredi. Intitulée Les Hommes Qui Ont Sauvé Le Monde, cette œuvre a été découverte dans les archives de l’auteure à l’Université de Yale et paraît dans la revue trimestrielle Strand. Ce texte, rédigé à partir de juillet 1918, constitue une trouvaille majeure pour les admirateurs de la romancière. Isabelle Parsons, spécialiste de l’écrivaine, précise que les lecteurs s’émerveillent régulièrement face aux récentes trouvailles d’archives, comme la mise au jour au Texas d’une pièce de théâtre de 1901 intitulée L’Ombre Du Doute. Le manuscrit, dispersé sur deux documents dactylographiés non datés, est resté inachevé et inédit dans la collection Edith Wharton de la bibliothèque Beinecke.
L’intrigue se déroule lors d’un dîner dans un château français vers la fin de la Première Guerre mondiale et raconte les tentatives des résidents les plus fortunés pour tourner la page du conflit. Le repas est servi sur une grande table de salle à manger utilisée comme table d’opération pour des amputations quelques mois plus tôt. Le personnage principal, une jeune infirmière américaine nommée Milly Arden, observe le retour facile de la maisonnée à ses privilèges passés alors qu’elle lutte avec les horreurs de la guerre. Selon le rédacteur en chef de la publication, Andrew Gulli, l’histoire expose le contraste entre les traumatismes vécus par la jeune génération et les efforts de la haute société pour reprendre une vie mondaine normale. La nouvelle porte un regard satirique sur les actions caritatives des femmes privilégiées et aborde de front les effets dramatiques des affrontements armés.
Le personnage de Milly Arden comporte une forte dimension autobiographique, car Edith Wharton a acquis une vaste expérience des hôpitaux de campagne au cours de la Grande Guerre. Célèbre pour ses portraits incisifs de la société de New York dans des romans comme Le Temps de l’innocence ou Chez les heureux du monde, l’auteure résidait à Paris lorsque le conflit a éclaté en 1914. Sa réaction a dépassé la simple observation littéraire pour se transformer en véritable action humanitaire. Elle a créé des ateliers pour les personnes ruinées, a ouvert des foyers pour aider de nombreux réfugiés et a même rédigé des reportages depuis les tranchées pour la revue américaine Scribner. Ces expériences intenses ont inévitablement imprégné sa fiction et l’ont inspirée pour concevoir le roman d’après-guerre Un fils au front puis Les Hommes Qui Ont Sauvé Le Monde, un récit qui, selon Andrew Gulli, saura séduire une toute nouvelle génération de lecteurs.



