Publié en 2022 par Mariner Books, Un foyer incertain constitue le premier roman de Mai Al-Nakib, autrice reconnue pour ses nouvelles primées. L’ouvrage propose une fresque familiale qui traverse plusieurs espaces géographiques, du Liban à l’Irak, de l’Inde aux États-Unis et au Koweït, et met en scène trois générations de femmes arabes. Dès les premières pages, le récit s’ancre dans une décision fondatrice lorsque la mère de Sara, enceinte de huit mois, choisit de retourner au Koweït afin que sa fille naisse sur la terre de ses ancêtres. Ce choix inaugure une trajectoire marquée par le déplacement, l’attachement à l’origine et la quête d’appartenance. Le roman explore ainsi la manière dont les identités se construisent dans le mouvement et dans la tension entre plusieurs espaces culturels.
La structure narrative accorde une place centrale aux voix féminines qui composent l’histoire familiale. Les parcours de Lulwa et de Yasmine, les deux grands-mères de Sara, illustrent des expériences distinctes mais convergentes dans leur confrontation aux contraintes sociales et historiques. Lulwa, issue d’un milieu modeste, suit son époux en Inde avant de retourner au Koweït, tandis que Yasmine renonce à ses aspirations personnelles sous l’effet de pressions familiales et conjugales. La figure de Noura, mère de Sara, prolonge cette dynamique en articulant aspiration individuelle et devoir familial. Le roman intègre également le personnage de Maria, nourrice indienne, dont la présence met en lumière les trajectoires de femmes contraintes de quitter leur pays pour subvenir aux besoins de leur famille. À travers ces figures, l’œuvre interroge la place des femmes dans des contextes marqués par la migration, la guerre et les attentes sociales.
L’ouvrage examine avec acuité les enjeux liés à la diaspora arabe et aux identités multiples. La narration adopte une conception du temps qui fait dialoguer passé et présent et inscrit les expériences individuelles dans une histoire plus vaste. Toutefois, malgré une ouverture particulièrement convaincante et une intensité émotionnelle notable, le roman suscite des interrogations quant à la représentation culturelle proposée. Certains développements narratifs donnent l’impression d’une orientation vers un lectorat occidental, ce qui peut limiter la portée de certaines réalités propres au contexte arabe et koweïtien. Cette tension entre ambition littéraire, représentation culturelle et réception du public confère à l’œuvre une dimension critique qui invite à réfléchir aux conditions de production et de circulation des récits dans un espace littéraire globalisé.



