Près de 300 auteurs, illustrateurs, poètes et éditeurs ont signé une lettre ouverte en soutien à l’écrivaine Sally Rooney. Les signataires exigent du gouvernement britannique la levée de l’interdiction qui frappe l’organisation Action Palestine, une mesure à l’origine de cette crise qui a déjà mené à l’arrestation de nombreuses personnes réunies de manière pacifique. L’autrice irlandaise a déclaré son intention d’utiliser ses droits d’auteur pour soutenir financièrement cette organisation, une initiative en contradiction avec la législation britannique actuelle. Dans leur lettre, les professionnels du livre expriment leur solidarité avec Sally Rooney et la maison d’édition Faber, et condamnent la décision d’un gouvernement dont les mesures conduisent à entraver la diffusion des ouvrages de l’écrivaine au Royaume-Uni.
Les professionnels de la création rappellent que les écrivains font déjà face à des censures de livres à travers le monde et sur leur propre territoire. Selon eux, il apparaît inadmissible qu’un pouvoir public puisse entraver la diffusion des œuvres d’une autrice au motif qu’elle proteste contre la confusion entretenue entre contestation politique et terrorisme. Ils avertissent qu’une telle dérive menace les libertés fondamentales de l’ensemble de la création littéraire. En réalité, les livres de Sally Rooney n’ont pas été retirés des rayonnages des librairies britanniques. La difficulté concerne le versement des redevances par l’éditeur Faber à l’écrivaine, car la maison d’édition juge impossible de commercialiser le travail d’un auteur sans pouvoir lui reverser ses gains. En accord avec l’autrice, la structure a donc suspendu la commercialisation des ouvrages au Royaume-Uni, et poursuit la distribution dans les autres territoires.
Plusieurs interrogations subsistent à propos de l’issue de ce différend éditorial et juridique. La maison Faber conservera-t-elle les redevances non versées dans l’attente d’une évolution de la loi, alors que la Cour suprême doit réexaminer la décision contre Action Palestine le 4 novembre ? La question se pose également pour le droit de prêt public, qui rémunère les auteurs lors des emprunts en bibliothèque. Enfin, les libraires britanniques cherchent à savoir s’ils pourront s’approvisionner auprès de grossistes européens pour maintenir la disponibilité des titres.



