La reine Mavia, qui vécut entre la fin du IVe et le début du Ve siècle de notre ère, occupe une place majeure dans l’histoire arabe préislamique tardive. À la tête de tribus établies aux confins de l’Empire byzantin, elle mena une révolte organisée qui dépassa le cadre d’un affrontement militaire. Son action s’inscrivit dans un projet politique visant à affirmer les Arabes comme acteurs autonomes et non comme périphérie soumise à un centre impérial. Par cette initiative, elle redéfinit les rapports entre communautés arabes et autorités politiques et religieuses de son temps.
L’ouvrage Reines et prophètes : comment des femmes nobles d’Arabie et des hommes saints ont façonné le paganisme, le christianisme et l’islam, de l’historien Imran Iqbal El-Badawi, propose une lecture analytique de son parcours dans un cadre plus large consacré à l’Antiquité tardive arabe. L’auteur présente Mavia comme une actrice historique à part entière et non comme une exception liée à son genre. Il souligne qu’elle mobilisa la religion comme instrument de négociation politique. Son exigence de voir nommé un évêque arabe pour son peuple révèle une conscience aiguë du rôle de la légitimité religieuse dans la consolidation du pouvoir. Les sources anciennes, notamment les écrits de Rufin d’Aquilée, qui s’appuient sur des textes antérieurs aujourd’hui perdus, ont transmis son image à travers un prisme romain qui l’a progressivement définie comme chrétienne romaine. L’étude rappelle toutefois son identité arabe et estime qu’elle fut vraisemblablement païenne dans sa jeunesse avant d’intégrer le christianisme dans une stratégie de gouvernement.
Cette relecture inscrit Mavia parmi les grandes figures féminines de l’histoire arabe antique, aux côtés de Zénobie. Elle contredit les récits qui reléguaient les femmes à la marge et met en lumière un modèle de leadership fondé sur la force militaire, l’intelligence politique et la capacité d’imposer des conditions à une puissance impériale. Cette perspective rejoint des démarches contemporaines qui cherchent à restituer aux femmes arabes leur place dans l’histoire. L’ouvrage de Sheikha Bodour Al Qasimi, Qu’ils sachent qu’elle est là, interroge la figure de la reine absente et explore la manière dont certaines présences féminines ont disparu des récits écrits sans disparaître de la mémoire collective. La redécouverte de Mavia révèle ainsi une lacune ancienne dans l’écriture de l’histoire arabe et propose une vision renouvelée d’un leadership féminin conscient de ses moyens et de son influence sur le cours politique et religieux de son époque.



