L’éditeur koweïtien Kalimat poursuit son engagement en faveur de l’enrichissement de la bibliothèque arabe par les grandes œuvres de la littérature mondiale contemporaine avec la parution de la traduction arabe de Rue de la boue jaune, premier roman de l’écrivaine chinoise Can Xue. Traduit du chinois par Yara El-Masri, traductrice égyptienne renommée, ce texte publié en 1986 constitue une référence fondatrice du courant de la « littérature d’avant-garde » en Chine. L’édition arabe s’accompagne d’un essai introductif critique de la traductrice, offrant aux lecteurs des clés de lecture sur le contexte intellectuel et esthétique de l’ouvrage.
Le roman s’inscrit dans une veine littéraire expérimentale où audace et rupture formelle occupent une place centrale. Il déploie un univers narratif cauchemardesque où se croisent symbolisme et réalité, transformant la rue en un espace à la fois philosophique et social. Cet espace reflète les angoisses humaines, l’aliénation, les rapports toxiques, les épidémies et les failles de la mémoire. Les personnages, loin d’être lointains, éveillent des résonances familières, à la manière d’échos de peurs intimes, inscrivant ainsi le roman dans une profondeur humaine qui dépasse le cadre chinois et touche à l’universel.
Considérée comme l’une des grandes voix littéraires contemporaines de Chine, Can Xue a été surnommée « la Kafka chinoise » en raison de l’étrangeté philosophique et de la structure narrative non conventionnelle qui caractérisent ses œuvres. Son écriture est étudiée dans des universités prestigieuses comme Harvard, Cornell ou Columbia, et plusieurs de ses romans ont été finalistes de prix internationaux majeurs, dont le Prix Neustadt et le Booker international. Par cette traduction, Kalimat affirme son ambition de faire découvrir aux lecteurs arabes des voix littéraires influentes, tout en consolidant le rôle fondamental de la traduction comme passerelle entre les cultures et miroir des questionnements humains partagés.



